Relever le défi de la distribution cross-canal face à une nature capricieuse

Analyse : Australie Nouvelle-Zélande

Dans cet article, découvrez comment les chaînes logistiques en Australie et en Nouvelle-Zélande (ANZ) font face aux défis engendrés par les catastrophes naturelles affectant la région Asie-Pacifique et s’adaptent pour relever ceux de la distribution cross-canal.

La nature a durement frappé l’Australie et la Nouvelle-Zélande entre la fin de l’année 2010 et le début de l’année 2011. Les inondations de décembre dans l’état de Queensland ont rapidement été suivies, dans ce même état, par le cyclone Yasi, la pire tempête du siècle. Dans le même temps, la Nouvelle-Zélande a subi sa pire catastrophe naturelle lorsqu’un tremblement de terre a dévasté Christchurch. Ensuite, tout comme le reste du monde, la région a observé, en état de choc, les catastrophes naturelles qui se sont abattues sur le Japon au mois de mars et en octobre-novembre en Thaïlande.

L’impact de cette série d’événements catastrophiques sur l’économie de la région est estimé à 0,75 point de pourcentage de perte de croissance. En Nouvelle-Zélande, c’est tout un mode de vie que le tremblement de terre a secoué. Ainsi, par exemple, le pays cherche désormais à réviser ses normes et règlementations de construction, ce qui pourrait avoir des implications sur les propriétés industrielles. Les décisions de dépenses en matière de chaîne logistique ont également été mises en suspens, comme cela a été le cas en Australie, après les inondations.

Suite à ces événements perturbateurs, les entreprises jettent un regard nouveau sur les risques liés à leur Supply Chain. Nombre d’entre elles ont dû activer leur plan de reprise après sinistre et sont à présent en train d’évaluer leur performance. Celles qui n’avaient pas de plan s’assureront désormais de la mise en œuvre de programmes permettant une continuité d’activités et de l’achat de la technologie nécessaire pour assurer leur fonctionnement.

La situation au Japon a également forcé la mise en suspens de décisions d’investissement dans le développement de chaînes logistiques, et continue de perturber la région Asie Pacifique élargie. Cependant, l’influence du Japon sur la région ANZ est bien inférieure à celle de la Chine, dans la mesure où le secteur relativement petit de la fabrication dans la région ne génère pas de demande considérable en composants japonais. Dans cette région, les minéraux dominent et la Chine semble n’en avoir jamais assez, tout comme l’Inde et les autres économies à croissance rapide. D’après le site Web Economy Watch, l’Australie a exporté pour 48,9 milliards de dollars américains de marchandises en Chine en 2010, soit plus de neuf fois qu'il y a dix ans. L’exportation de minerai de fer se montait ainsi à plus de la moitié des exportations australiennes vers la Chine.

Malgré la faible dépendance de la région ANZ aux marchandises japonaises, les pénuries de semi-conducteurs et de composants automobiles résultant du tremblement de terre au Japon entraîneront inévitablement un certain niveau de constitution de stocks. Des hausses de prix ont également eu un impact sur d’autres produits touchés par les catastrophes naturelles. Les prix des produits australiens sont montés en flèche – les bananes en épicerie coûtent encore 13 dollars australiens le kg. Le besoin immédiat de maintenir des niveaux de stocks élevés et de gérer les stocks plus efficacement représentera une opportunité pour les prestataires logistiques de la région. À mesure que l’économie continue sa croissance, ces derniers seront à même d’offrir des solutions adaptées aux exigences de plus en plus complexes du secteur de la distribution.

Les catastrophes naturelles ont frappé au moment où la région commençait juste à sortir de la crise financière mondiale. En raison de normes de contrôle de crédits plus strictes que partout ailleurs, la région ANZ avait été protégée du pire de cet ouragan financier mais, au vu de l’ampleur des investissements et du commerce extérieur avec les pays les plus touchés, la région n’avait pas totalement échappé aux turbulences. À l’heure actuelle, ces pays sont en phase de reprise économique, tout comme leurs investissements dans la région. Les distributeurs plus particulièrement, s’attellent désormais à la mise en œuvre de projets d’équipements de manutention de marchandises et, à mesure que la situation post-catastrophe revient peu à peu à la normale, se montrent prêts à investir dans des technologies Supply Chain.

Un domaine-clé de l’investissement sera le développement du eCommerce dans la région. Alors que, pendant la première décennie du siècle, la vente en ligne faisait déjà la une dans des pays, tels que les États-Unis et le Royaume-Uni, en ANZ, il reste rare que les gens fassent leur shopping en ligne, que ce soit pour des achats ou de simples recherches. Actuellement, en ANZ, seul 3,4 % des ventes en moyenne se fait en ligne (proche de 10 % pour les livres et la musique). Ces chiffres sont bien loin derrière ceux des États-Unis/Royaume-Uni, où jusqu’au quart des ventes d’articles autres que les livres et la musique passe par internet.

Nombre des premiers sites de eCommerce ayant apparu en ANZ au début des années 2000 ont rapidement été abandonnés face au manque d’intérêt de la population. Un manque d’infrastructure d’exécution des commandes, l’absence de livraisons le samedi, une domination du modèle de franchise et l’échelle géographique créant des longues distance de livraison se sont tous combinés pour minimiser les marges des eCommerçants - tout particulièrement dans le cas de marchandises volumineuses.

Cependant, les importateurs ayant des canaux de distribution direct plus matures semblent avoir eu plus de succès dans la maîtrise de ces problèmes. Les distributeurs étrangers occupent ainsi pour 40 % des parts de marché du eCommerce en Australie, ce qui encourage un changement de comportement des distributeurs nationaux. Cette tendance a été alimentée par la force du dollar australien, qui a encouragé une augmentation des dépenses parmi la génération Facebook bourgeonnante, désireuse d'acheter des produits du Royaume-Uni et des États-Unis - tout particulièrement des articles à l'influence culturelle populaire, tels que de l’équipement de basket-ball, non disponible dans les magasins du pays. Les acheteurs en ANZ commencent à trouver qu'une gamme croissante de produits peut désormais être livrée de l’étranger, plus rapidement et de manière moins coûteuse que les produits nationaux.

En Australie, cette tendance à l’achat de produits étrangers est encouragée par le fait que les achats en ligne de marchandises importées d'un montant inférieur à 1 000 dollars australiens sont détaxés. Lorsque les distributeurs australiens ne possédant pas de canaux de vente en ligne ont souligné cette situation l’année dernière, cela n’a servi qu’à alerter les clients qui ne faisaient pas déjà leurs achats en ligne des économies qu’ils pourraient y faire.

Le barrage semble s’être brisé et même l'une des entreprises se montrant les plus sceptiques face à la vente en ligne, la chaîne Harvey Norman, vient d’ouvrir un site eCommerce. Alors que les distributeurs commencent à comprendre les complexités logistiques supplémentaires induites par la distribution multi-canal, il leur faudra des systèmes capables de les gérer au mieux.

Un secteur de vente au détail en ligne croissant offre également une autre opportunité aux prestataires de services logistiques d’offrir l’expertise et l’infrastructure évolutive nécessaires à la gestion de la complexité de la vente au détail multicanal.

Les prestataires de services logistiques ont démontré avec succès leur importance dans une région où les longues distances et les coûts de transport d'autant plus importants signifient que la logistique doit être exécutée avec un maximum d'efficacité. C’est également pour cette raison que le poste de directeur Supply Chain est assez stratégique dans de nombreuses entreprises en ANZ.

Les prestataires logistiques reconnaissent l’importance de la technologie et de l’application de best practices pour augmenter l’efficacité de la distribution. Alors que le rendement correspondait jusqu’ici à ce que l'on pouvait expédier, il s’agit désormais d’optimiser les livraisons. En effet, le transport routier est particulièrement important dans cette région peu équipée en voies de chemin de fer. Cela a entraîné la création de configurations de transport intéressantes telles que des remorques doubles.

En termes de stockage, il existe une tendance marquée à la consolidation d'entrepôts dans la région. Combiné aux défis représentés par l’augmentation des coûts de main-d'œuvre et les difficultés rencontrées par le marché du recrutement, cet état des faits a entraîné un intérêt croissant pour les solutions de manutention automatisée de marchandises.

Les entreprises ANZ – les plus grandes principalement – se montrent de plus en plus intelligentes dans la manière dont elles gèrent leur chaîne logistique et adoptent les best practices et les technologies leaders en Europe et aux États-Unis – tout particulièrement en termes de gestion d’entrepôt, de gestion des ressources et d’optimisation de l’agencement de l’entrepôt. Les entreprises découvrent peu à peu que ce genre d'outils de Supply Chain Management peut rapidement leur apporter des bénéfices d’autant plus lorsqu'il s’agit de mieux exécuter les commandes.

Alors que les détaillants ANZ développent leurs stratégies multicanal, il est attendu que la demande en systèmes de gestion des commandes et du cycle de vie des commandes augmente également. Ces systèmes aideront à dépasser l’obstacle représenté par les franchises par rapport au développement de la vente en ligne, en permettant aux distributeurs d’offrir une possibilité d'achat en ligne et de retrait en magasin. Alors que la livraison directe des achats réalisés en ligne au domicile du client à partir d’un entrepôt central a privé les franchises de réaliser ces ventes, un service d’achat en ligne et de retrait en magasin leur rendra de l’importance.

Pour en revenir aux catastrophes naturelles et à l’atténuation du risque logistique, les systèmes de gestion des commandes tiendront également leur rôle dans le maintien d’une qualité de service pour les détaillants ANZ. Si un détaillant venait à perdre un site complet et tout ce qu’il contenait, comme ce fut le cas pour certaines entreprises au cours des récentes inondations, un système de gestion des commandes pourrait rapidement déterminer la source alternative la plus appropriée pour l’exécution d’une commande – jouant ainsi un rôle critique dans le maintien de l’activité de l’entreprise.

En investissant massivement dans une meilleure gestion de ses Supply Chains, la région ANZ se prépare à relever les défis commerciaux à venir, qu’ils viennent de la nature, de l’économie ou d’internet.

Par Scott Gillies, Responsable du Secteur Retail et Archival Garcia, Directeur Commercial de Manhattan Associates ANZ